Journée mondiale de l’Environnement 2026: Prendre conscience de nos croyances et pratiques culturelles, pour renforcer notre lien avec la nature

Chaque 5 juin est célébrée la Journée mondiale de l’Environnement.

A travers la RD Congo nous plantons des arbres, menons des activités de nettoyage, etc. Pourtant, au-delà des politiques publiques et des campagnes de sensibilisation, une question essentielle mérite d’être posée : comment nos croyances culturelles favorisent-elles ou défavorisent-elles la protection de l’environnement ?

Le ciment, signe de propreté

Dans plusieurs communautés urbaines congolaises contemporaines, la perception de la “propreté” influence fortement l’aménagement des parcelles et des espaces de vie. Aujourd’hui, l’herbe, les petits jardins, les potagers ou les espaces verts sont souvent considérés comme des signes de négligence, de saleté ou même de pauvreté. À l’inverse, le ciment est associé à l’ordre, à la modernité et à la propreté. Par conséquent, peu à peu, cette vision du « ciment = propreté » transforme nos quartiers : les cours deviennent entièrement cimentées, les arbres fruitiers disparaissent pour laisser place à de faux palmiers ou de faux manguiers. Les potagers laissent place au gazon, et les espaces naturels s’effacent au profit des pavés dallés ou du ciment. Le vert laisse place au gris.

Quand la nature devient synonyme de saleté

Pour beaucoup, laisser pousser de l’herbe dans une parcelle signifie attirer les moustiques, les serpents ou les insectes nuisibles. Cette peur n’est pas totalement infondée : un espace mal entretenu peut effectivement devenir un refuge pour certains nuisibles, surtout dans une zone équatoriale comme celle de la plus grande partie de la RD Congo. Mais le problème ne vient pas de la nature elle-même — il vient surtout du manque d’entretien et d’aménagement adapté. Un espace vert bien entretenu peut au contraire : réduire la chaleur dans les parcelles, améliorer la qualité de l’air, limiter la poussière, absorber l’eau de pluie, offrir un cadre de vie plus apaisant, et favoriser le bien-être mental. Malheureusement, notre imaginaire collectif congolais continue souvent à opposer “nature” et “propreté”.

L’éducation socio-culturelle emboîte le pas

Dans nos villages, on apprend souvent aux filles à balayer la cour familiale (et parfois même la route) et surtout à arracher toutes les « mauvaises herbes » qui y poussent, sous peine d’être considérées comme « sales ». Cette perception peut nuire à la réputation d’une femme censée être propre et respectueuse des normes sociales. Cette éducation socio-culturelle, transmise de génération en génération, influence profondément notre rapport à la nature. Sans nous en rendre compte, nous associons souvent la terre nue et le béton à la propreté, tandis que la végétation spontanée est perçue comme un signe de négligence. Le béton : une fausse solution moderne

Le béton donne une impression immédiate d’ordre et de facilité d’entretien. Pourtant, ses conséquences deviennent de plus en plus visibles : augmentation de la chaleur dans les quartiers, inondations dues à l’absence d’absorption des eaux, disparition de la biodiversité locale, raréfaction des oiseaux, papillons et pollinisateurs, déconnexion progressive entre l’homme et son environnement naturel. Nos villes deviennent plus chaudes, plus dures et moins vivantes. Comment renouer le lien avec la nature ? Changer cette réalité demande avant tout un changement de mentalité. Il ne s’agit pas d’abandonner l’hygiène ou l’ordre, mais de redéfinir notre vision de la propreté et de la modernité.

1. Réhabiliter l’image des espaces verts: Nous devons apprendre à voir un jardin entretenu comme un symbole de responsabilité et non d’abandon. Une parcelle verte peut être propre, belle et moderne.

2. Éduquer dès le plus jeune âge Les écoles, familles et médias ont un rôle important à jouer pour enseigner les bienfaits des arbres, des plantes et des sols naturels.

3. Promouvoir des modèles urbains plus verts Les autorités locales, architectes et urbanistes peuvent encourager l’intégration d’espaces verts dans les maisons, écoles et bâtiments publics. 4. Valoriser nos savoirs traditionnels: Dans plusieurs cultures africaines, la nature occupait autrefois une place sacrée. Certains arbres, forêts ou cours d’eau étaient protégés par des croyances communautaires. Retrouver cet esprit de respect envers la nature peut nous aider à bâtir un futur plus durable. Protéger la nature, c’est aussi protéger notre identité La biodiversité ne concerne pas uniquement les animaux sauvages ou les grandes forêts. Elle commence dans nos parcelles, nos jardins, nos quartiers et nos habitudes quotidiennes.

Repenser notre rapport à la propreté, au béton et aux espaces verts est devenu une nécessité. Car une ville sans nature est une ville qui perd peu à peu son équilibre.

En cette Journée mondiale de l’Environnement, posons-nous une question simple : et si la véritable modernité consistait finalement à vivre en harmonie avec la nature plutôt qu’à l’effacer ?

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